En quelques lignes, un tout petit peu d'histoire, sans remontée jusqu'à l'arrivée des dinosaures et du premier homme dans le berceau de l' humanité ... permet d'expliquer simplement les tensions mentionnées dans la page précédente.

Des premiers habitants venant d'Ethiopie, à la colonisation britannique, l'indépendance acquise en 63, un gouvernement qui durcit le régime et isole son pays, une opposition difficile à se faire entendre, les attentas d'Al-Qaida en 98, le nouveau siècle qui débute par une grave sécheresse, une opposition enfin au pouvoir, montée des guerres éthniques avec suspiscion de fraudes électorales, un gouvernement de coalition en place.


2000 av. J.-C. : Les premiers habitants, en provenance d'Éthiopie, s'installent au Kenya. Ils sont suivis par d'autres groupes en provenance de l'ensemble du continent africain, notamment d'Afrique de l'Ouest et de la vallée du Nil.

VIIIe siècle : Des musulmans de la péninsule arabe et de Perse arrivent sur la côte est de l'Afrique.

1505 : Suite à l'expédition de Vasco de Gama, sept ans plus tôt, les Portugais envahissent la région. Ils contrôlent le commerce kenyan jusqu'au début du XVIIIe siècle, où ils sont supplantés par les Arabes.

Fin du XIXe siècle : Profitant de l'affaiblissement des tribus Massaïs, les Britanniques, qui commencent à s'intéresser à l'Afrique de l'Est, négocient un traité les autorisant à construire une voie de chemin de fer reliant leur protectorat du Buganda (Ouganda) à Mombasa.

Début du XXe siècle : Arrivée des premiers planteurs britanniques sur le territoire kenyan, dont ils s'appliquent à faire un white man's country (pays blanc).

1920 : Le pays devient une colonie britannique. Le sévère régime colonial a des répercussions dramatiques sur les populations locales, qui sont spoliées de leurs terres et peu à peu condamnées à travailler dans les exploitations coloniales pour assurer leur subsistance. Une opposition nationaliste naît rapidement autour de la Kikuyu Association. Elle ne cesse de croître jusqu'au soulèvement des Mau-Mau (Kikuyus du Kenya).

1953-1956 : Le soulèvement des Mau-Mau contre les autorités coloniales et les grands planteurs blancs, très sévèrement réprimé, se solde par la mort de plus de 13 000 Africains et d'une centaine de Britanniques.

1963 : Indépendance du Kenya dans le cadre du Commonwealth. Jomo Kenyatta – leader du Kenya African National Union (KANU) emprisonné plusieurs années par les Britanniques – est le premier président du pays. L'essor commencé sous sa présidence est freiné par sa mort, en 1978.

1978 : Accession à la tête du Kenya de Daniel Arap Moi. Le nouveau maître du pays durcit le régime, brisant l'effort démocratique débuté par son prédécesseur. L'économie du pays périclite.

1990 : L'aide internationale au Kenya de Daniel Arap Moi est suspendue.

1992 : Contre toute attente, et avec un tiers seulement des votants, Daniel Arap Moi est réélu face à une opposition incapable de s'unir.

1995 : L'opposition parvient à s'unir et crée un nouveau parti, le Safina.

1997 : Daniel Arap Moi, qui promet de lutter contre la corruption dans le pays, est réélu par des électeurs résignés face à seize candidats d'opposition.

1998 : Des attentats contre les ambassades américaines de Nairobi et de Dar es-Salaam (Tanzanie), perpétrés par al-Qaida, font plus de 250 victimes et 5 000 blessés.

2000 : Le pays connait la pire sécheresse depuis quarante ans. Près de 3 millions de personnes sont plongées dans un état de grande vulnérabilité.

2002 : Après 24 ans au pouvoir, le président Daniel Arap Moi se retire. Le candidat de l'opposition, Mwai Kibaki, est élu avec 70% des voix. La Coalition nationale arc-en-ciel (NARC) emporte la majorité absolue au Parlement, battant la KANU, le parti au pouvoir depuis l'indépendance, en 1963.

2005 : Référendum sur le nouveau projet de Constitution en novembre, rejeté par les Kenyans. En juillet, des rivalités interclaniques liées à l'eau, font plus de 90 morts, dont beaucoup d'enfants.

2006 : Dans le nord-est du pays, la sécheresse inquiétante dure depuis plus de trois ans. 70% du bétail a été décimé et les Kenyans de cette région meurent de faim.

2007 : En janvier, on constate de fortes tensions à la frontière kényane, à la suite de la déroute des islamistes somaliens.

2008 : Mwai Kibaki est réélu en décembre 2007 dans un climat de suspiçion de fraude électorale, qui débouche, début 2008, sur deux mois d'affrontements interethniques qui feront 1 500 morts. Suite à des pourpalers sous l'égide de l'ONU, le pouvoir est partagé avec l'opposition. Raila Odinga, le leader de la coalition de l'opposition, devient premier ministre.

Sans caricaturer, la conscience nationale semble assez faible au Kenya et l'affiliation ethnique beaucoup plus prégnante. Cette particularité donne un caractère fascinant à la vie kenyane, mais entraîne un manque de cohésion sociale et freine le développement du pays.

La sécheresse, régulièrement ravageuse notamment dans la corne de l'Afrique favorise misère, révolte, criminalité et prostitution. Et c'est toute la face sombre de l'Afrique qui ressurgit ...


Sécheresse, toute la misère du monde

Dans le nord-est aride et semi-aride du Kenya, il est un spectacle déroutant qui surgit près des lits asséchés des rivières saisonnières. À l'aide de pelles et de récipients, des familles creusent sans relâche la terre rouge, formant une mosaïque de trous béants. Cette fébrile chasse au trésor est une quête du bien devenu le plus précieux : l'eau. Parfois, au fond d'un trou, apparaît une mince couche d'eau sur laquelle se précipitent hommes et animaux. En un clin d'oeil, le puits de fortune est tari.

Le Kenya est régulièrement confronté à des phénomènes climatiques extrêmes qui ont un impact dévastateur sur les éleveurs et cultivateurs des régions arides et semi-arides, exacerbant la misère rurale. Au cours de la dernière décennie, différentes régions du pays ont subi des périodes de sécheresse intense en 1991-1992, en 1995-1996 et en 1998-2000, ainsi que des inondations dramatiques en 1997-1998 et en 2002. Ces phénomènes récurrents ont porté de sérieux coups aux ressources alimentaires, au pouvoir d’achat et aux capacités d’adaptation et de résistance des communautés rurales.
En 2000, le Kenya a connu sa pire sécheresse en 37 ans.

En juin, près de 1,7 million d’habitants avaient besoin d’aide alimentaire. En décembre, leur nombre atteignait 4 millions quand le gouvernement a lancé un appel d’urgence. Cette même année, la Croix-Rouge du Kenya a participé activement à la lutte contre la famine.

A peine 10 ans après, dans le district de Laïkipia, un des greniers à grains du Kenya, à environ 190 km au nord de Nairobi, les champs de maïs séchés sur pied succèdent aux plaines arides désertées de leur bétail : quatre saisons des pluies ratées ont mis à genoux la population, dépendante pour sa survie de l'aide humanitaire.

3,8 millions de Kényans nécessitant une aide d'urgence, soit environ 10% de la population du pays !

Le gouvernement kényan a de son côté mobilisé l'armée pour acheminer de l'aide tandis que le spectre de la sécheresse de 2000, la pire en 37 ans, refait surface.

«Les communautés sortent de trois sécheresses consécutives et elles n'ont pas encore récupéré. Leur capacité de résistance s'est amoindrie. Elles sont vulnérables», explique, pessimiste, Steven Waweru, coordinateur de l'ONG Caritas dans la région.

La situation n'y est guère plus reluisante: le bétail y meurt en masse, d'épuisement, de maladies ou de pneumonie, en raison des basses températures la nuit.

Des carcasses d'animaux par dizaines pourrissent au milieu des sapins sous le regard désabusé des éleveurs.

«Le bétail ne s'est pas encore remis de la sécheresse de 2005. Et déjà nous faisons face à une nouvelle. Le cycle des sécheresses devient de plus en plus court : trois, quatre ans au lieu de 10 avant», explique un responsable vétérinaire du district.

Même en juillet 2011, la sécheresse continue de décimer les troupeaux.

Outre l'urgence humanitaire, la sécheresse sème insidieusement les conflits sociaux de demain.

Les pertes de bétail conjuguées à l'effondrement des cours des produits de l'élevage dû au mauvais état de santé des animaux ainsi que la hausse des prix des céréales ont provoqué une situation de crise alimentaire aiguë pour les populations. Tous les mécanismes d'adaptation ayant été épuisés, ces populations se trouvent dans un état de dénuement total et l'on compte déjà des décès en particulier chez les enfants. On signale aussi des tensions entre éthnies provoqués par la pénurie de ressources en eau et en pâturages.

Selon M. Waweru, près de 50% des habitants de Nyariginu ont tout simplement abandonné leurs terres, un comble au Kenya où la terre occupe une place centrale.

«Je connais des familles qui démolissent leur maison, vendent la tôle ondulée et les poutres et retournent dans les villes voisines pour s'installer dans des bidonvilles. Nous n'avons pas vu cela depuis longtemps», s'alarme-t-il.

«De toute évidence, la criminalité va augmenter dans ces villes. Déjà, la prostitution et le travail des enfants sont en augmentation car les gens cherchent n'importe quoi pour gagner un ou deux shillings».

Le cercle de la misère est bouclé : sécheresse, famine, misère, tensions éthniques, criminalité, corruption, ...

 


En soutien au peuple kenyan ... 639 M€ de recette, ce peuple en a besoin !

La question qui se pose à nous touristes : faut-il y aller pour prendre de belles photos des animaux sauvages en ocultant toute cette misère ? Notre morale en prend un sérieux coût ...

Etrangement, notre réponse est "oui".

Que deviendrait ce pays sans touristes et sans nos devises ?

Quelques chiffres parlants :

En 2006 l’industrie touristique a représenté 12,7% du PIB kenyan et a confirmé son rang de troisième source de revenus en devises.

Le nombre de visiteurs français a progressé quant à lui, de 22% en 2010. Le tourisme au Kenya affiche un record de fréquentation, avec une hausse de 15,1% des touristes internationaux.

1 095 945 touristes internationaux se sont rendus au Kenya en 2010, soit une progression de 15,1 % par rapport à 2009, a indiqué à Nairobi, Hon. Najib BALALA, Ministre du Tourisme.

"Un nouveau record", qui dépasse de 4,5 % celui établi en 2007. L'industrie touristique kenyane a généré 639 millions € de recettes en 2010, selon les statistiques officielles, "un montant jamais atteint par le passé", précise un communiqué de presse.

Au total 50 039 touristes français se sont rendus au Kenya en 2010, soit une hausse de + 22 % par rapport à 2009. La France conforte sa 5ème place de marché émetteur (après le Royaume-Uni, les Etats-Unis, l'Italie et l'Allemagne).

Pour continuer sur cet élan, le Kenya Tourist Board va poursuivre ses efforts de promotion.

Au programme : participation aux salons Destinations Nature et Running Expo, opération de street-marketing lors du Marathon de Paris, campagne publicitaire on-line en mai, campagnes de co-branding sur des thématiques lune de miel et sport-aventure.

Le Kenya n'a pas d'eau, mais il est doté de ressources touristiques exceptionnelles (parcs animaliers, réserves naturelles, montagnes, lacs, plages de sable fin) et il attire de nombreux voyageurs. De par sa situation géographique équatoriale, il bénéficie d'excellentes conditions climatiques tout au long de l'année.

Je n'ose imaginer l'impact sur le tourisme d'un nouvel attentat a Nairobi, ou de nombreuses prises d'otages. Cela me fait penser à cet attentat au pied des pyramides en Egypte en 96.

Un attentat similaire à Nairobi ou sà es alentours porterait un coup fatal à tous les habitants de ce magnifique pays.

"Le Kenya a besoin de touristes pour se sortir de la misère : alors, à nos appareils photos !"

Document à lire : Le_tourisme_au_Kenya

 

Dernières news avant de décoller ...

Article paru dans Le Monde le 12/7/11: "Ce que nous voyons dans la corne de l'Afrique est sans précédent"

Jens Oppermann, chef de mission d'Action contre la faim pour la Somalie

Selon les Nations unies, la corne de l'Afrique est frappée par la pire sécheresse que la région ait jamais connu depuis 60 ans.

Il y a 10 millions de personnes à travers la corne de l'Afrique qui ont besoin d'une aide humanitaire. En Somalie, il y a 2,85 millions de personnes affectées, ce qui représente un tiers des Somaliens. Les femmes, les enfants et les personnes âgées sont les plus touchées. Ils n'ont accès ni à l'eau, ni à un logement, ni à des installations sanitaires. Ces gens ont marché pendant des jours et des semaines en Somalie, dans l'environnement le plus hostile que vous pouvez imaginer. Ils sont pauvres au point de ne pas pouvoir s'acheter à manger et ils atteignent nos centres, épuisés. Notre mission au Kenya travaille avec les Kenyans dans le besoin et les personnes qui se rendent dans nos centres. Nous pensons qu'il y a quelques réfugiés somaliens parmi eux. Même chose pour nos missions qui se trouvent en Ethiopie et à Djibouti.

Le facteur principal est la sécheresse : le manque d'eau provoque une inflation des prix de la nourriture. Par exemple, par rapport à l'année dernière, les prix ont augmenté de 270 % en Somalie. Après, il y a un facteur spécifique à la corne de l'Afrique : le conflit continuel en Somalie. Ce conflit provoque des déplacements de populations et rend plus difficile l'accès à l'aide humanitaire. Dans les pays voisins, la sécheresse et ses conséquences sont aggravées par l'arrivée des réfugiés somaliens.

Par conséquent, pour résoudre le problème de la corne de l'Afrique, il faut commencer par la Somalie. Cela permettrait d'apporter l'aide humanitaire directement en Somalie et cela aurait un impact positif sur l'activité humanitaire au Kenya, en Ethiopie et à Djibouti.

La malnutrition des enfants est particulièrement importante, s'inquiète l'ONU. "Les taux dans les régions les plus affectées sont plus du double du seuil d'urgence de 15 % et devraient augmenter", a précisé Mme Byrs. "Un enfant sur trois en Somalie est en sous-nutrition", a-t-elle poursuivi, expliquant que le taux de mortalité était également élevé parmi les plus jeunes.

Cette sécheresse a aussi provoqué des déplacements massifs de populations. Selon les chiffres du Haut Commissariat de l'ONU pour les réfugiés (HCR) publiés vendredi, quelque 20 000 Somaliens ayant fui la sécheresse et les violences sont arrivés ces deux dernières semaines dans le camp de réfugiés de Dadaab, au nord-ouest du Kenya.

Malgré une situation qui ne cesse de se détériorer, l'ONU peine à trouver les financements pour ses activités, a encore relevé Mme Byrs. L'appel de fonds 2011 pour Djibouti (39 millions de dollars) n'est actuellement financé qu'à 30 %. Celui pour la Somalie, de 529 millions de dollars, ne l'est qu'à 50 % tandis que celui pour le Kenya (525 millions) est financé à 54 %.